Affaire Dr Christphe Sahabo : les avocats des victimes des crimes internationaux ont saisi le chef de l’État

Affaire Dr Christphe Sahabo : les avocats des victimes des crimes internationaux ont saisi le chef de l’État

Le CAVIB, Collectif des avocats pour la défense des victimes de crimes de droit international commis au Burundi dénoncent une violation flagrante de la loi et des droits humains dans l’affaire du Dr Christophe Sahabo, ancien directeur général de Kira-Hospital, la plus prestigieuse clinique du Burundi. Ce consortium a écrit une lettre ouverte au président de la République du Burundi pour lui demander d’agir en faveur de la loi. Mais ce dernier s’est déjà exprimé sur le cas, affirmant qu’il agirait de la sorte s’il était procureur. (SOS Médias Burundi)

Quatre mois après la détention du Dr Christophe Sahabo, les avocats du CAVIB veulent « éclairer » le président Évariste Ndayishimiye sur ce dossier.

« M. le président de la République, vous êtes garant de la bonne administration de la justice et par conséquent, garant d’un bon suivi de toutes les lois. Or le cas de Dr Sahabo défie toutes les règles », explique Gustave Niyonzima, président du CAVIB.

Pour ce collectif, le président aurait eu de mauvaises informations sur le dossier.

« Il aurait été induit en erreur par des gens mal intentionnés qui veulent dilapider les richesses et actions des organisations internationales comme le principal et actionnaire majoritaire à Kira Hospital qu’est la Swissmed International Ltd », écrivent les avocats.

Dr Christophe Sahabo a été arrêté le 30 mars 2022. Deux jours après, il a démissionné de son poste, étant en détention au cachot des renseignements dans la ville commerciale Bujumbura.

Il est officiellement poursuivi pour des cas de malversations économiques au sein de la clinique qu’il dirigeait.

Le CAVIB dresse un bilan largement négatif sur les violations des droits humains dans cette affaire.

« D’abord, ll n’y a pas eu au préalable un mandat ou une convocation pour lui signifier ces accusations. Ensuite, il a dépassé un délai raisonnable de 14 jours prévu par le code de procédure pénale car il est resté détenu dans les cachots des services de renseignements pendant 48 jours. Comme cela ne suffisait pas, la chambre de conseil a pris six jours au lieu de deux prévus par la loi pour statuer sur sa détention préventive », dénonce le CAVIB tout en insistant sur le caractère illégalement prémédité pour « faire souffrir ce présumé innocent ».

« Ceci est une transgression des articles 14 et 230 du code de procédure pénale. Alors que la loi de procédure est d’ordre public et doit être respectée in extenso ».

Des arguments soutenus aussi par la défense de M. Sahabo.

Dans une lettre adressée au procureur général de la République le 21 avril dernier, les avocats-conseils de l’ancien directeur général de Kira Hospital ont déploré les conditions d’arrestation et de détention de leur client et appelé à sa libération.

« Son arrestation correspond à l’enlèvement d’une personne dont le ministère public a l’obligation légale et professionnelle de sanctionner et de rétablir la victime dans ses droits », ont soutenu Emmanuel Hakizimana et Ernest Ndikumukama, avocats-conseils de Christophe Sahabo.

Et de fustiger qu’il a été privé de son droit légitime de se faire soigner des crises d’asthme dont il souffre dans un centre sanitaire approprié.

« Cela crée un grand traumatisme moral dans le chef de la personne détenue et de ses proches. Et donc, l’enlèvement et la détention du Dr Sahabo violent gravement les textes nationaux, régionaux et internationaux de protection des droits de l’Homme », défendent les avocats du collectif CAVIB.

L’image du pays ternie

« Ils veulent spolier les biens et actions des étrangers , ce qui en fait freine l’engouement des investisseurs internationaux car ils verront que leurs avoirs ne sont pas protégés », ajoute maître Gustave Niyonziza qui rassure que son collectif a mené « des enquêtes exhaustives sur ce fameux dossier ».

Le CAVIB menace de saisir les juridictions internationales.

« Ce dossier pourra être porté au niveau du Groupe de travail des Nations -Unies sur la détention arbitraire ou devant le Comité contre la torture suite aux violations et tortures infligées à Dr Sahabo Christophe », lâche Gustave Niyonzima.

Appel de SwissMed International Ltd

Dans une note confidentielle de onze pages, datée du 18 juillet 2022, SwissMed International Ltd indique que l’affaire Christophe Sahabo est “un montage grotesque visant la spoliation des actionnaires privés dont l’investisseur suisse, au profit de certains groupes politico-mafieux proches du pouvoir de Gitega”.

Pour le groupe suisse, l’affaire est exclusivement “politique et non pénale”.

Le président Neva impliqué dans le dossier

En mi-mai dernier, le chef de l’Etat, Évariste Ndayishimiye, a publiquement déclaré que la place du Dr Christophe Sahabo est effectivement en prison.

« Et moi-même, si j’étais procureur, je l’aurais aussi emprisonné car il est accusé de graves crimes financiers. Vous voulez que des gens qui dilapident les biens publics soient traités comment ? », a-t-il déclaré lors de sa toute première conférence de presse.

« [….], si j’étais procureur je ferais de même. D’autres personnes ne cessent d’être relâchées grâce à mon intervention car moi aussi je fais mes propres petites enquêtes. Ceux-là qui disent que c’est moi qui le maintiens en détention, oh mon Dieu! C’est en quelque sorte vrai car je me suis décidé à retrouver partout où est caché l’argent du gouvernement. Dans un premier temps , ils disaient qu’il victime de son appartenance ethnique. Les Burundais sont vraiment fatigués », a indiqué le président Neva.

Verbalement et arbitrairement condamné par le président qui est Magistrat Suprême, le Dr Christophe Sahabo était donc déjà fixé sur son sort.

« Car la volonté du chef de l’Etat vaut un ordre dans un pays de non-droit qu’est le Burundi. Pourtant, le général Évariste Ndayishimiye n’a trouvé aucune anomalie dans le fait que le prévenu ait passé un mois et demi dans les griffes du SNR (service national de renseignements) alors que la loi fixe un délai maximal de 14 jours de garde à vue dans les enceintes du sinistre SNR.Il s’est empressé à donner le verdict en lieu et place de la justice », commentent des avocats.

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Photo d’archives : Dr Christophe Sahabo

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