RDC : l’affaire du massacre de Kishishe portée devant la CPI

RDC : l’affaire du massacre de Kishishe portée devant la CPI

La ministre en charge de la justice en République démocratique du Congo a été accueillie ce mercredi par le procureur de la CPI pour discuter de la question du massacre de Kishishe (province du Nord-Kivu à l’Est de la RDC ). Elle a demandé à la CPI d’ouvrir des enquêtes sur ce massacre imputé au mouvement rebelle du M23. Kinshasa parle aussi de « crime d’agression qui serait commis par le Rwanda ». (SOS Médias Burundi)

Le drame s’abat sur Kishishe, un village du Nord- Kivu, à quelques 70 kilomètres de Goma (chef-lieu de province) le 29 novembre dernier. L’armée congolaise accuse vite le mouvement rebelle M23 d’avoir massacré « au moins 50 civils », un bilan que le gouvernement a revu à la hausse ce lundi. Il a annoncé un nombre de morts s’élevant à 272 dont 17 enfants.

Kinshasa affirme que son armée n’était pas présente dans cette région, lors des faits.

Le mouvement rebelle a rejeté les accusations des autorités congolaises et reconnu la mort de huit civils dans ce village, tués selon lui par des « balles perdues » lors de combats avec des miliciens Mai-Mai et FDLR.

L’affaire devant la CPI

Mercredi, la ministre de la justice de la République démocratique du Congo a été accueillie par le procureur de la Cour Pénale Internationale pour discuter de la question du massacre de Kishishe.

« Pendant que nous sommes ici, une partie de l’Est du territoire de la RDC est le théâtre de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre », a indiqué Rose Mutombo Kiese, profitant de la 21ème Assemblée des États- parties du statut de Rome pour demander à la CPI de « prendre ses responsabilités au niveau de la RDC et ouvrir des enquêtes » sur ce massacre.

Kinshasa veut aussi trainer le Rwanda devant cette juridiction internationale.

« Il se commet aussi des crimes d’agression qui occasionnent des milliers de morts, des violences sexuelles, sans compter des déplacements massifs de populations. Les auteurs de ces crimes sont connus : ce sont des ADF et le M23 qui sont des supplétifs de l’armée rwandaise. Ce pays doit être responsable et en payer le coût devant la CPI», a-t-elle dit.

Après l’audience accordée à la ministre congolaise de la Justice à La Haye, la CPI n’a pas voulu s’exprimer, arguant que « c’est encore trop tôt ».

Pourtant, le procureur de la Cour, Karim Khan, a déclaré qu’il compte « visiter prochainement certains pays », sans les nommer.

Mais pour les autorités congolaises, « la visite en RDC du procureur lui permettrait de se rendre compte du désastre humain pour qu’il n’hésite pas à se saisir de tous les auteurs et co-auteurs, complices de crimes graves”.

De sa part, Kigali qui nie tout soutien au M23, accuse plutôt la communauté internationale d »‘exacerber » la crise dans l’est de la RDC.

Lors d’un appel téléphonique dimanche avec le président rwandais Paul Kagame, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a dit clairement que « tout soutien externe à des groupes armés non-étatiques en RD Congo doit cesser, y compris le soutien du Rwanda au M23 », selon le porte-parole du département d’Etat américain Ned Price, dans un communiqué.

Du coup, le ministre rwandais des affaires étrangères, Vincent Biruta, a affirmé que Paul Kagame et Anthony Blinken avaient eu « de bons échanges (…) mais que des différences demeurent sur la compréhension du problème ».

« L’approche erronée de la communauté internationale continue d’exacerber le problème », a poursuivi le chef de la diplomatie rwandaise.

Vincent Biruta a dit que « les problèmes de sécurité du Rwanda doivent être pris en compte », poursuivant que « le M23 ne doit pas être assimilé au Rwanda ».

« Une solution durable exige que la responsabilité soit placée là où elle doit être », nuance M. Biruta.

D’abord, dit-il, « c’est le dysfonctionnement du gouvernement de la RDC et de ses institutions, et le soutien aux génocidaires FDLR. Et puis c’est l’ingérence extérieure et les diktats dans les efforts régionaux et continentaux qui servent à protéger la RDC de toute responsabilité et l’encouragent à ne pas répondre aux engagements pris dans le cadre des processus en cours ».

« Le M23 ne doit pas être assimilé au Rwanda. Ce n’est pas le problème du Rwanda à résoudre », rappelle-t-il.

Et d’insister : « les préoccupations du Rwanda en matière de sécurité doivent être prises en compte, et là où d’autres ne se sentent pas obligés de le faire, le Rwanda le fait et continuera de le faire ».

Entre temps, les pourparlers de Nairobi au Kenya pour tenter de résoudre la crise congolaise se sont clôturés ce mardi, le M23 n’étant pas invité, ce que décrivent plusieurs analystes politiques comme “une montagne qui va accoucher d’une souris”.

LIRE AUSSI :

Le M23 est une ancienne rébellion Tutsi qui a repris les armes fin 2021 reprochant aux autorités congolaises de n’avoir pas respecté ses engagements sur la réinsertion de ses combattants. Depuis juin dernier, il a récupéré plusieurs localités dans le Nord-Kivu dont Bunagana, la cité frontalière avec l’Ouganda. Récemment, il a annoncé avoir observé un cessez-le-feu à la suite d’un mini sommet de Luanda (Angola). Mais il accuse l’armée congolaise et ses alliés d’avoir violé l’accord et tué des civils.

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Photo d’archives : des habitants de la province du Nord-Kivu fuyant les combats opposants l’armée régulière de la RDC et les rebelles du M23

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