LES RÊVES DE BAREGEYA-Tolérance politique : une chimère au Burundi
« Tout change, tout coule, rien ne demeure », mais au Burundi, tout change et seul le bien coule en politique depuis des décennies. Le mal demeure en maître pour défier cette phrase universelle d’Héraclite. A force de souhaiter une vraie démocratie, Baregeya ne fait que rêver d’un Burundi meilleur et se retrouve face à une réalité inversement proportionnelle à son rêve. (Chronique par Mahoro, SOS Médias Burundi).
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Bienvenu au pays dont le président se dit ami des jeunes. Un président déclaré champion de la jeunesse africaine, un président qui prie beaucoup. Un président juriste qui maîtrise la Bible plus que toutes les lois et les codes du Burundi. S’il ignore ou piétine la Constitution, c’est la volonté du « Saint Esprit ». C’est lui qui le guide. Il n’a pas besoin de ces textes comme la Constitution, la Charte de l’Unité nationale, encore moins l’Accord d’Arusha, sans oublier les différents pactes et conventions qui régissent différentes organisations dont le Burundi est membre.
Seules les prophéties lui dictent ce qu’il faut faire. Acclamez s’il vous plait ! Rendez grâce au Dieu de Neva. Ce président qui invite les leaders des partis politiques à partager un verre avec lui au palais. Ne l’avez-vous pas vu échanger, trinquer avec Agathon Rwasa, son rival éternel ? Bravo cher Neva.
Oui je suis au Burundi, un pays de lait et de miel. Eh oui ! Le lait coule à flot malgré un cheptel qui s’effrite à vue d’œil avec le peu de têtes aujourd’hui enfermées dans des semblants d’étables. Du miel même si le nombre de ruches baisse au rythme effréné de la perte des bonnes coutumes.
Qui dit le contraire ?
Les jeunes de différents partis politiques dansent ensemble. Agathon Rwasa, principal opposant, n’a même plus besoin de policiers pour sa sécurité. Personne ne lui veut de mal. Le ministre de l’Intérieur interrompt les activités de son parti pour le bien du CNL.
Waouh ! Il aide à organiser un parti rival au sien. Il évite la « nyakurisation (la scission du parti) ». Le pouvoir ne s’est-il pas défini lui-même de «bienveillant », et le CNDD-FDD, le parti de l’Ange ?

Le monde entier tourne son regard vers le Burundi, ce grand petit pays de l’Afrique centrale, ce pays dont la jeunesse du parti au pouvoir fait des parades militaires, pour défendre le pays, et surtout veiller à la sécurité des membres des autres partis politiques, car le moindre mal salirait le nom de ces jeunes du parti de l’ange. Tous les présidents du monde entier ont le drapeau du Burundi dans leurs véhicules, dans leur bureau, partout. Tout le monde a soif de voir Neva.
Un rêve fondé
« Désormais, chaque Burundais est leader partout où il est. Avant on entendait dire : Imbonerakure (les membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir au Burundi), Ivyuma vy’indege à tort (les jeunes du CNL, principal parti de l’opposition), des JRR (des jeunes du parti UPRONA qui a amené le Burundi à l’indépendance), etc. Que cela prenne fin, pour que la jeunesse burundaise soit un modèle dans les travaux de développement pour un avenir radieux. »
Telle est la déclaration du président Neva de retour du sommet de l’Union Africaine au mois de février.
Une semaine avant, son Premier ministre avait déclaré la même chose. « Une occasion de voir les membres des partis de l’opposition en paix pour asseoir une vraie démocratie. Qui oserait ne pas croire aux paroles des deux plus hautes personnalités de l’exécutif burundais ?
Rêve et tais-toi
Finalement, je rêvais. J’ai toujours souhaité la paix à mon pays. Une vraie paix. Les différentes déclarations du président Neva m’ont donné de faux espoirs. Tenez ! Il a toujours clamé la cohabitation pacifique, se voulant bon chrétien et leader charismatique, visionnaire et ami des jeunes.
Il y a aucun doute, il accuse de grosses lacunes dans la connaissance et l’application des lois. Au lieu d’apprendre par cœur différents articles de la constitution burundaise et d’autres textes, il cite des versets de la Bible, se montrant homme de Dieu. Mais c’est juste pour berner l’opinion.
Quand je vois le président de la République échanger avec les leaders des partis politiques, ça a l’air d’un signe salutaire. C’est ce que je souhaite mais c’est juste pour nous jeter de la poudre aux yeux.
En entendant Évariste Ndayishimiye invoquer la Bible, je souhaite toujours qu’il maîtrise et applique plutôt les codes et lois du Burundi.
Le lait et le miel qui coulent, ce sont plutôt les larmes et le sang. Ces Imbonerakure ne font que proférer des menaces de par les discours de haine et des actes de barbarie. Quelle malédiction ! « Engrossez les filles de nos ennemis pour qu’elles mettent au monde des Imbonerakure », chantent encore aujourd’hui les jeunes du parti au pouvoir pendant les rassemblements.
Ces parades militaires que font ces jeunes à longueurs de journées traduisent la volonté des dirigeants du CNDD-FDD de nuire et de faire peur à tout opposant. Des jeunes qui se croient puissants ne feront que s’affronter et/ou faire du mal aux opposants.
« Dusenga dukora, dukora dusenga (Nous prions en travaillant, nous travaillons en priant) ». C’est ainsi que le parti au pouvoir distrait les Burundais à travers des prières et des croisades, mais les actes mettent à mal le sérieux de ce principe, à priori noble.
Enfin, les Hutus au pouvoir !
Certains analystes politiques estiment que les élections de 1993 étaient des élections-punitions. Après la longue crise de plus d’une décennie, le CNDD-FDD a gagné les élections, mais, au lieu de profiter de l’occasion pour redresser les choses, les Bagumyabanga (nom attribué aux membres du parti au pouvoir) n’ont fait que tuer, voler et terroriser tout le monde.
Usant d’humour noir, des observateurs disent que le système en place a tué plus de Hutu qu’en 1972. Je ne veux pas m’attarder sur ça, car dans tous les cas, ce sont des vies humaines qui sont emportées et c’est le Burundi qui perd. Mais, nous remarquons que le parti au pouvoir veut faire cavalier seul, accompagné par des serviteurs, qui se proclament de l’opposition. Les leaders de ces parti politiques seront placés dans des postes, peu importe leur moralité et leur compétence. Quelle gouvernance !
Neva et consorts ont réussi à créer une jeunesse d’une génération perdue en diluant l’éducation pour ne pas avoir l’esprit critique. C’est ainsi que les jeunes de l’Université du Burundi cessent d’étudier pour « veiller à la sécurité du campus » alors qu’il y a des forces de l’ordre. Ne parlons pas de ceux de l’intérieur qui, au lieu de travailler, passent des jours et des nuits en train de « veiller à la sécurité pendant les rondes nocturnes surtout » en faisant la chasse aux membres des parties de l’opposition, particulièrement ceux du CNL.
Devrais-je dire que c’est la démocratie à la burundaise, ou à la Neva ? Time will tell.
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