Burundi : quatre organisations dont CPJ et HRW exigent l’annulationn des charges contre la Journaliste Floriane Irangabiye
Il s’agit du Comité pour la protection des journalistes, de Human Rights Watch, d’Amnesty International et de l’Initiative pour les droits humains au Burundi. Elles demandent aux autorités burundaises d’ordonner la libération immédiate et sans condition et d’annuler la condamnation de dix ans de Floriane Irangabiye, qui totalise une année à la prison au Burundi, accusée d’atteinte à la sécurité intérieure de l’État. (SOS Médias Burundi)
Le 30 août 2023, la journaliste Floriane Irangabiye a soufflé la première bougie après une année dans les geôles au Burundi.
« Elle a été arrêtée arbitrairement et elle purge actuellement une peine lourde pour avoir critiqué le gouvernement », ont déclaré les chercheurs d’Amnesty International, l’Initiative pour les droits humains au Burundi, le Comité pour la protection des journalistes et Human Rights Watch.
Pour ces organisations, « Floriane Irangabiye a été condamnée simplement pour avoir fait son travail de journaliste de radio. Sa condamnation et son emprisonnement sont une parodie de justice et une violation flagrante de ses droits à la liberté d’expression et à un procès équitable», fait savoir Tigere Chagutah, directeur pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.
En janvier 2023, le tribunal de grande instance de Mukaza à Bujumbura, la ville commerciale, a déclaré Floriane Irangabiye coupable d’atteinte à l’intégrité du territoire national et l’a condamnée à 10 ans de prison et une amende d’un million de francs burundais (plus de 450 USD environ).
« C’était à l’issue d’un procès entaché de graves irrégularités pendant lequel le procureur n’a fourni aucun élément de preuve crédible. Les poursuites engagées contre Irangabiye ont bafoué son droit à la liberté d’expression », ajoutent ces organisations.
Les propos qui incriminent Irangabiye sont tenus dans le cadre d’une émission de la radio « Igicaniro », une plateforme en ligne qui travaille en exil et fondée par des réfugiés burundais, lors de laquelle elle et d’autres invités ont critiqué le gouvernement du Burundi.
En mai 2023, la cour d’appel de Mukaza a confirmé sa condamnation. Bien que le tribunal ait jugé que le premier interrogatoire de Floriane Irangabiye par le Service national de renseignements (SNR) avait enfreint le Code de procédure pénale, puisqu’il avait eu lieu sans la présence d’un avocat et sans qu’elle ait été informée de son droit de garder le silence, le juge a considéré que cela n’entraînait pas la nullité de la procédure.
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Dans une déclaration sortie ce
Pour le moment, ses avocats ont introduit un recours auprès de la Cour suprême.
Floriane Irangabiye souffre depuis longtemps d’une affection médicale et son état de santé s’est détérioré pendant sa détention à la prison de Muyinga (nord-est), selon sa famille. Une raison de plus de la libérer selon CPJ.
« La privation de soins médicaux adaptés imposée à Floriane Irangabiye est non seulement cruelle, mais aussi le reflet des mesures impitoyables que prend l’État pour réduire au silence les personnes critiques. Les autorités devraient fournir les soins médicaux dont elle a besoin sans délai et la libérer sans condition », a insisté Muthoki Mumo, représentante pour l’Afrique subsaharienne du Comité pour la protection des journalistes.
Pour ces défenseurs des droits humains et des droits d’expression, la déclaration de culpabilité de Floriane Irangabiye et sa condamnation prononcées par le tribunal sont fondées sur une infraction définie « en termes vagues qui est susceptible d’être employée de manière abusive pour persécuter des personnes en raison de critiques ou de commentaires qu’elles auraient formulés ».
Amnesty International, l’Initiative pour les droits humains au Burundi, le Comité pour la protection des journalistes et Human Rights Watch constatent que sa condamnation et son emprisonnement visent à la punir pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression, en violation de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, deux traités auxquels le Burundi est partie.
« L’emprisonnement de Floriane Irangabiye montre que la répression des personnes critiquant le gouvernement est loin d’être terminée. Les autorités burundaises devraient mener de véritables réformes en vue de rétablir l’indépendance du système judiciaire et abroger les lois qui permettent de criminaliser la liberté d’expression », a souligné Clémentine de Montjoye, chercheuse au sein de la division Afrique de Human Rights Watch.
L’Initiative pour les droits humains au Burundi estime que l’arrestation de Floriane Irangabiye s’inscrit dans une pratique bien établie de détention arbitraire et de poursuites engagées pour des accusations sans fondement contre les voix critiques et les opposantes au gouvernement.
« Le président Évariste Ndayishimiye doit être au courant de l’emprisonnement de Floriane Irangabiye, mais il refuse de le dénoncer. S’il veut que le monde croie à ses promesses de réforme, il devrait appeler à la libération immédiate et sans condition de Floriane Irangabiye et veiller à ce que son gouvernement n’ait pas recours au système judiciaire comme outil pour cibler et persécuter les voix critiques et les opposants », précise Carina Tertsakian, de l’Initiative pour les droits humains au Burundi.
Sanction qui touche toute une famille…
Mi-août, la Journaliste a entamé une grève de la faim de quatre jours pour manifester sa colère et exiger sa libération. Une période qui a accentué sa crise d’Asthme, selon un membre de sa famille qui a requis l’anonymat, de peur des représailles.
« Sa santé est en danger. Elle ne respire pas bien alors qu’elle a piqué une crise d’Asthme. Et puis elle est détenue dans une cellule qui colle avec la cuisine et toute la fumée la suffoque. Je devrais demander sa libération, mais je sais que celui qui prendrai cette décision sera mis à la même place ! », justifie-il.
Et de plaider :« C’est comme s’ils condamnaient toute sa famille. Imaginez, ses parents sont en retraite et sa mère est maladive. Faire le trajet de plus de 200km pour lui apporter à manger toutes les semaines est très fatigant. Pénible à cet âge. Qu’ils la transfèrent tout au moins près de chez nous à Bujumbura où elle peut se faire soigner ».
Ce membre de la famille Irangabiye parle aussi du trauma pour deux enfants de moins de dix ans de Floriane Irangabire.
« Plusieurs fois, ses enfants pleurent la journée et la nuit quand ils se souviennent que leur maman est détenue loin d’eux. Nous sommes obligés de leur mentir qu’elle va être libérée le jour suivant pour qu’ils se calment. Ils sont en fait traumatisés », mentionne-t-il.
Quand Floriane Irangabiye a été interpellée, elle venait de rentrer du Rwanda où elle vivait pour plusieurs années. Elle y a laissé une centaine de journalistes qui ont fui en 2015, une situation qui rend mal à l’aise le Burundi qui caresse son voisin du nord pour livrer ces journalistes accusés à tort qu’ils collaborent avec les putschistes du 13 mai 2015.
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Photo d’archives : la journaliste Floriane Irangabiye condamné pour 10 ans
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