Burundi : plusieurs milliers de prisonniers le sont injustement
L’Initiative pour les droits humains au Burundi, IDBH, a sorti un rapport accablant sur les conditions carcérales au Burundi. Cette organisation dénonce des détentions arbitraires et des violations des droits élémentaires des prisonniers. (SOS Médias Burundi)
Intitulé «Prisonniers oubliés», le rapport de l’Initiative pour les droits humains au Burundi, IDBH, revient sur le calvaire des détenus qui devraient en principe jouir de leur liberté de mouvement.
«Nous les appelons ‘prisonniers oubliés’ parce que personne ne semble se préoccuper de leur sort. Imaginez quelqu’un qui a été acquitté par un tribunal, parfois à deux reprises, mais qui reste en prison pendant des mois ou même des années. C’est une situation d’illégalité fragrante », décrit Carina Tertsakian, chercheuse à l’IDHB.
Pour certains prisonniers, les véritables souffrances commencent lorsque leur libération échoue.
«Ils sont illégalement détenus au-delà de leur date de libération, souvent sans explication, après qu’un tribunal a ordonné leur libération provisoire ou après avoir purgé leur peine. De nombreuses personnes détenues illégalement ont été accusées de délits politiques ou liés à la sécurité », ajoute-t-elle dans un entretien qu’elle a accordé à SOS Médias Burundi.
«Ordre d’en haut »…
L’IDHB regrette que cette situation est entretenue par des agents de l’État.
«Souvent sur ordre des responsables du parti au pouvoir, ou d’agents du service national de renseignements ou même des procureurs, ce qui explique l’ingérence de certaines autorités », dit-elle.
Ce nouveau rapport de l’Initiative pour les droits humains au Burundi, détaille aussi comment des responsables judiciaires et des directeurs de prison violent fréquemment la loi, qui pourtant « stipule clairement que les prisonniers doivent être libérés dès qu’ils ont été acquittés ou ont purgé leur peine, ou dès qu’un juge a décidé de les libérer provisoirement ».
Une ancienne autorité judiciaire a raconté aux chercheurs de l’IDHB comment des membres influents du parti au pouvoir, le CNDD-FDD s’ingèrent dans le processus judiciaire et donnent des ordres auxquels le personnel est contraint d’obéir.
«J’ai fait beaucoup de dossiers qui venaient du parti du au pouvoir, avec des listes des personnes et des chefs d’accusations : soit rébellion, participation dans des bandes armées ou bien atteinte à la sûreté de l’État.
Vraiment, on voyait que cette accusation est fausse. Mais comme c’est une autorité du parti au pouvoir, nous avons fait ce qu’elle veut », témoigne celle qui affirme avoir presté pendant plus de douze ans comme juge.
Germain Rukuki, activiste des droits humains qui a passé plus de quatre ans en prison pour « attentat au chef de l’État et participation à un mouvement insurrectionnel » atteste avoir été victime de cette situation d’illégalité.
«Les défenseurs des droits de l’homme et les prisonniers politiques quand ils sont arrêtés, il y a toujours cette fabrication de charges. Ils ne sont pas traités de la même manière que les autres dans les maisons pénitentiaires. Ils sont victimes des procès iniques dans l’objectif de faire taire les organisations de droits humains », explique-t-il.
La CNIDH aborde dans le même sens…
La Commission Nationale Indépendante des Droits Humains au Burundi ne nie pas les faits et affirme avoir documenté de tels cas.
« […] C’est le cas du non-respect de l’exécution des procès, des prisonniers qui n’ont pas encore plaidé devant les juges, des acquittés qui restent détenus. Nous rappelons que la détention doit être une exception et recommandons aux autorités compétentes de désengorger les prisons par la libération des personnes injustement détenues », a déclaré Sixte Vigny Nimuraba, président de la CNIDH dans une interview exclusive accordée à SOS Médias Burundi.
L’ACAT-Burundi, une autre organisation qui fait souvent des rapports sur les conditions carcérales a indiqué que plusieurs milliers de prisonniers le sont injustement. Elle fait le même constat que l’IDHB tout en s’alarmant sur les chiffres dans différentes prisons du pays.
En effet, dans onze maisons pénitentiaires que compte la petite nation de l’Afrique de l’est, plus de 11.000 prisonniers y croupissent alors que la capacité d’accueil de toutes les prisons est de 4.294 personnes. La prison centrale de Bujumbura dite Mpimba dans la capitale économique à elle seule compte 4.385 prisonniers, soit plus de la capacité d’accueil des prisons au niveau national.
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Photo : des policiers raccompagnent des prisonniers après une audience dans un tribunal
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