Burundi : mariage et réinstallation, un espoir brisé pour les jeunes réfugiés congolais

Burundi : mariage et réinstallation, un espoir brisé pour les jeunes réfugiés congolais

La situation des jeunes réfugiés au Burundi s’est complexifiée, en particulier pour ceux qui envisagent le mariage. Les récentes décisions des services de réinstallation ont suscité une vive inquiétude parmi ces jeunes, partagés entre leurs aspirations personnelles et les nouvelles réglementations. (SOS Médias Burundi)

Les jeunes réfugiés congolais parlent de mesures controversées.

Lors d’un entretien entre un responsable des services de réinstallation et les représentants des réfugiés des camps de Nyankanda, Bwagiriza et Kavumu, situés dans l’est du Burundi, des préoccupations majeures ont été soulevées. Selon le responsable, plusieurs cas suspects de fraude ont été identifiés.

« De nombreux jeunes réfugiés, principalement ceux récemment arrivés, semblent contracter des mariages civils avec des personnes déjà engagées dans le processus de réinstallation. Ces unions permettent d’obtenir des extraits de mariage, facilitant ainsi la réunification des couples et l’accès aux avantages liés à la réinstallation », a expliqué le responsable.

Des blocs en planches au camp de Kinama dans le nord-est du Burundi © SOS Médias Burundi

Il a également dénoncé des pratiques où des réfugiés paient d’autres personnes, déjà en cours de réinstallation, pour obtenir des documents de mariage. En réaction, les services de réinstallation ont pris une décision drastique :
« tous les réfugiés contractant un mariage avec un nouvel arrivant seront exclus du processus de réinstallation. Ceux qui se marient ne pourront pas poursuivre leurs démarches, laissant leurs familles continuer sans eux », a-t-il précisé.

Les réactions des réfugiés concernés

Cette mesure généralisée a provoqué un tollé parmi les couples légitimement constitués. Bahati, une jeune femme concernée, exprime sa colère et son incompréhension : « Je suis tombée amoureuse d’un jeune homme en 2022 avant de me marier. Ce n’était pas un mariage d’intérêt. Nous avons construit notre relation sur des bases solides. Cette décision nous pénalise injustement. »

Bahati redoute les conséquences sur son foyer : « Nous voulons construire notre avenir aux États-Unis. Pourquoi devrions-nous être punis pour cela ? » s’interroge-t-elle.

Samuel, un autre réfugié, partage sa frustration : « J’ai vu des amis se marier pour des avantages, mais ce n’est pas notre cas. La décision de retirer les jeunes mariés du processus est décevante pour ceux qui ont de vraies intentions. »

Une partie du camp de Kavumu en province de Cankuzo à l’est du Burundi © SOS Médias Burundi

Divine et Bavire, un couple en relation depuis un an, se disent victimes d’une mesure injuste : « Nous nous aimons et prévoyons de nous marier. Est-ce un crime de vouloir officialiser notre union ? »

Un appel à la réévaluation des décisions

Face à ces répercussions, les jeunes réfugiés demandent une révision des réglementations. Ils plaident pour une prise en compte de la sincérité des intentions des couples plutôt qu’une sanction collective.

La réinstallation, qui consiste à transférer des réfugiés d’un pays d’asile à un autre pays leur accordant une résidence permanente, reste une solution essentielle pour les réfugiés congolais, étant donné l’impossibilité de rapatriement due à la guerre et les obstacles à une intégration au Burundi. Une réponse adaptée aux enjeux et aux réalités pourrait apaiser les tensions et redonner espoir à ces jeunes en quête d’un avenir meilleur.

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Photo : des réfugiés congolais au camp de Musasa au nord du Burundi © SOS Médias Burundi

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