Condamnée pour une infraction inexistante : Rachelle Mfatukobiri, 88 ans, enfermée depuis six ans à Mpimba
SOS Médias Burundi
Rachelle Mfatukobiri, 88 ans, est détenue depuis six ans à la prison centrale de Bujumbura, dite Mpimba, suite à une condamnation pour sorcellerie, une infraction pourtant non reconnue par le Code pénal burundais. Cette affaire, qui mêle conflit foncier familial et défaillances judiciaires, relance les débats sur l’État de droit au Burundi.
Rachelle Mfatukobiri vit sur la colline Mahande, en zone Ngoma, commune de Cibitoke dans la province de Bujumbura (ouest). C’est là qu’un conflit foncier opposant Mme Mfatukobiri à ses propres enfants aurait dégénéré : en refusant de céder les terres familiales qu’elle juge précieuses pour les générations futures, cette mère de famille s’est attirée la colère de ses enfants, qui l’ont accusée de sorcellerie, dans le but-selon des sources locales — de la neutraliser et de s’emparer des biens.
Un procès opaque, une condamnation qui interroge
La vieille dame, aujourd’hui sourde et souffrant de troubles de compréhension, a été traduite devant le parquet de Cibitoke, puis condamnée à dix ans de prison pour sorcellerie. Le jugement aurait été prononcé sans que les juges ne tiennent compte du conflit familial sous-jacent.
Pourtant, la sorcellerie n’est pas une infraction définie dans le Code pénal burundais, ce qui rend cette condamnation juridiquement problématique. Malgré cela, Mme Mfatukobiri est incarcérée depuis six ans à la prison centrale de Bujumbura, sans perspectives claires de recours.
Un état de santé critique
Aujourd’hui âgée de 88 ans, Rachelle Mfatukobiri ne peut plus se déplacer seule. Elle doit être portée pour se rendre quelque part, ou reste allongée en cellule. Elle demande sa libération ou, à défaut, son transfert dans un centre spécialisé pour personnes âgées. Mais pour l’heure, aucune réaction de la Direction générale des affaires pénitentiaires n’a été enregistrée.
Une affaire emblématique des dérives judiciaires ?
L’utilisation d’une accusation non codifiée comme la sorcellerie, dans un litige foncier familial, pose de sérieuses questions sur l’indépendance et la rigueur du système judiciaire burundais. Ce cas soulève également le risque d’instrumentalisation des croyances traditionnelles à des fins personnelles, dans un cadre juridique flou.
L’affaire de Mme Rachelle Mfatukobiri interroge non seulement la justice burundaise mais aussi l’ensemble de la société sur la nécessité de protéger les droits des personnes âgées, de garantir un procès équitable, et de mettre un terme à l’utilisation abusive d’accusations de sorcellerie dans les conflits familiaux ou fonciers.
La sorcellerie est-elle une infraction au Burundi ?
- Contexte légal
Le Burundi, comme plusieurs pays africains, est marqué par des croyances liées à la sorcellerie. Cependant, la sorcellerie en tant que telle n’est pas définie comme une infraction pénale dans le Code pénal burundais.
- Approche judiciaire
Les actes liés à la sorcellerie peuvent être jugés à travers d’autres infractions pénales, telles que :
Homicide volontaire ou meurtre, si un acte prétendu de sorcellerie a entraîné un décès ou des blessures graves ;
Atteintes à l’intégrité physique, en cas de violences ;
Diffamation ou calomnie, lorsqu’une accusation de sorcellerie est utilisée sans preuve.
La justice ne reconnaît pas la sorcellerie comme un crime autonome.
- Cas pratiques
Dans la pratique, des familles peuvent invoquer des faits de « sorcellerie », mais les tribunaux devraient se baser sur des faits concrets et vérifiables, comme des violences physiques, un empoisonnement, etc.
- Initiatives récentes
Des campagnes de sensibilisation ont été menées pour lutter contre les violences communautaires causées par les accusations de sorcellerie, souvent utilisées pour régler des différends. Ces campagnes relèvent de la prévention sociale, plus que du cadre pénal.
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Photo : Rachelle Mfatukobiri, assise sur une chaise lors d’un événement organisé à la prison centrale de Bujumbura, dite Mpimba. Âgée de 88 ans, elle y est détenue depuis six ans pour sorcellerie, une infraction qui n’existe pas dans le Code pénal burundais. © SOS Médias Burundi
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