Burunga : quand la violence policière s’installe à Makamba
SOS Médias Burundi
Makamba, 29 décembre 2025 – À Makamba, chef-lieu de la province de Burunga, dans le sud du Burundi, une série d’incidents impliquant des policiers a ravivé les inquiétudes autour de l’usage abusif de la force, de l’impunité et de l’insécurité croissante, notamment pour les motocyclistes et les journalistes. Des tirs à balles réelles, un blessé par arme à feu et l’agression d’un journaliste ont été signalés, sans réaction judiciaire immédiate.
Les faits remontent au mardi 23 décembre, dans la ville de Makamba, lorsqu’une intervention policière a dégénéré en scène de violences armées, provoquant une panique généralisée au sein de la population.
Selon plusieurs témoignages concordants recueillis par SOS Médias Burundi, un policier en civil a tenté de confisquer une moto. Une altercation a éclaté avec le conducteur, un motocycliste prénommé Fabrice, qui aurait été violemment frappé avant que l’agent ne fasse usage de son arme à feu, le blessant par balle. Des témoins indiquent que ce policier avait, la veille, menacé de se faire justice, après avoir été empêché par des taxis-motos de saisir un autre engin dans des circonstances similaires.
Après les coups de feu, le policier aurait pris la fuite en direction de l’agence locale de la Banque Commerciale du Burundi (BANCOBU). Sa fuite a suscité la colère de nombreux motocyclistes et commerçants du marché de Makamba, qui se sont lancés à sa poursuite. Des jets de pierres ont été signalés, poussant les policiers chargés de la sécurité de la banque à tirer plusieurs coups de feu pour empêcher toute intrusion. Ces tirs ont semé la panique, forçant des habitants à se réfugier précipitamment dans les maisons et les commerces environnants.
C’est dans ce climat de confusion qu’un journaliste de la radio locale Isoko FM, qui tentait de couvrir les événements, a été violemment agressé et battu par un policier, et ce, au vu et au su de certains responsables hiérarchiques présents sur place. Malgré des promesses de sanctions formulées par les autorités locales, aucune mesure concrète n’avait été prise jusqu’à présent, selon des sources proches du dossier.
Les conducteurs de motos dénoncent par ailleurs l’existence d’un système d’extorsion bien rodé. Ils affirment que certains policiers, souvent en civil, procèdent à des confiscations arbitraires même lorsque tous les documents sont en règle. Pour récupérer leurs motos, les victimes seraient contraintes de verser des sommes comprises entre 150 000 et 200 000 francs burundais. Les motos seraient ensuite déplacées vers des lieux inconnus afin de faciliter l’extorsion, à l’abri de tout contrôle, selon plusieurs témoignages concordants.
Face à la gravité de la situation, les autorités administratives et policières de la province de Burunga sont intervenues pour tenter de calmer les esprits, alors que certains motocyclistes menaçaient de se faire justice eux-mêmes. Elles ont appelé toute personne disposant d’informations fiables sur cet incident à les transmettre afin de faciliter les enquêtes annoncées.
Le motocycliste blessé a été évacué vers l’hôpital régional de Makamba pour recevoir des soins. Quant au policier accusé d’avoir tiré sur la victime, il aurait été appréhendé par la suite, mais aucun procès en flagrance n’a, à ce stade, été engagé, selon les informations disponibles.
Cet incident remet en lumière les préoccupations persistantes liées aux abus de pouvoir, à l’usage disproportionné des armes à feu, à la sécurité des journalistes, ainsi qu’à l’existence présumée de pratiques d’extorsion, alimentant un profond sentiment d’injustice et d’impunité au sein de la population de Makamba.
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Photo : un chauffeur de taxi-moto circule dans une rue du chef-lieu de Burunga, où les violences policières et les confiscations arbitraires ciblant les conducteurs de taxis-motos sont dénoncées par la population.©SOS Médias Burundi
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