Ebola en RDC : les médecins en première ligne face à un virus implacable
SOS Médias Burundi
Goma, 30 juin 2026 – Dans les centres de traitement, les hôpitaux, les laboratoires mobiles ou encore les villages reculés du Nord-Kivu et de l’Ituri, des centaines de médecins, d’infirmiers et d’agents de santé poursuivent chaque jour un combat difficile contre la maladie à virus Ebola. Derrière les statistiques officielles se cachent des femmes et des hommes qui travaillent dans des conditions particulièrement éprouvantes, souvent au péril de leur propre vie.
À l’aube, dans un centre de traitement d’Ebola de l’est de la République démocratique du Congo, les équipes médicales commencent leur journée par un rituel immuable : enfiler les équipements de protection individuelle. Une opération minutieuse qui peut prendre plusieurs minutes. Chaque geste est contrôlé pour éviter toute contamination.
« Quand nous entrons dans une zone à haut risque, nous savons que la moindre erreur peut être fatale », explique le docteur Emmanuel Zigabe, médecin au centre de traitement d’Ebola en territoire de Nyiragongo, au Nord-Kivu.
« Nous travaillons sous une chaleur intense à l’intérieur des combinaisons. Après quelques heures seulement, la fatigue devient considérable », ajoute-t-il.
Les médecins sont chargés d’identifier les cas suspects, de soigner les patients, de surveiller les personnes ayant été en contact avec des malades et d’assurer le suivi des survivants. Leur mission ne s’arrête pas aux structures sanitaires.
« Une grande partie de notre travail se déroule dans les communautés », souligne-t-il. « Nous devons expliquer la maladie, convaincre les familles d’accepter les mesures de prévention et parfois accompagner les équipes lors des enterrements sécurisés. »
Les équipes de vaccination jouent également un rôle crucial. Elles parcourent parfois plusieurs dizaines de kilomètres pour atteindre des villages isolés et vacciner les personnes exposées au virus.
Un médecin de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) raconte avoir passé plusieurs mois à parcourir les zones touchées afin d’identifier les contacts à risque et d’administrer les vaccins, affirmant que face à Ebola « il n’y a pas une minute à perdre ».

Un homme se fait prendre la température dans un point de contrôle Ebola mis en place dans le cadre de la riposte contre la maladie à virus Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo. © SOS Médias Burundi
Entre peur et engagement
Pour de nombreux soignants, la peur fait partie du quotidien.
« Nous avons tous vu des collègues tomber malades, ce qui nous inquiète souvent dans l’exercice de notre travail quotidien », confie un médecin de Beni (Nord-Kivu). « Chaque fois que nous développons une simple fièvre, nous nous demandons immédiatement si nous avons été contaminés. »
Cette inquiétude est loin d’être théorique. Depuis le début des différentes épidémies enregistrées dans le pays, plusieurs membres du personnel médical ont contracté la maladie en prenant en charge des patients. Lors de l’épidémie en cours dans l’est de la RDC, plusieurs médecins et infirmiers figurent parmi les victimes après avoir été exposés avant même l’identification officielle de certains foyers de contamination.
Pourtant, malgré les risques, beaucoup continuent leur mission.
« Nous savons pourquoi nous sommes là », affirme un agent de santé engagé dans la riposte contre Ebola au Nord-Kivu. « Quand un patient quitte le centre guéri, c’est une immense satisfaction. Cela nous rappelle que nos efforts ne sont pas vains. »
Une population parfois méfiante
L’un des plus grands défis auxquels les médecins sont confrontés reste la méfiance d’une partie de la population.
Dans plusieurs zones touchées par Ebola, les équipes de santé doivent régulièrement faire face à des rumeurs, à la désinformation ou à des refus de collaboration. Certaines familles cachent des malades ou refusent de signaler des décès.
« Il nous arrive de passer plusieurs heures à convaincre une famille d’accepter qu’un proche soit transféré dans un centre de traitement », raconte une infirmière de terrain.
Récemment, dans un camp de déplacés de l’Ituri, des équipes de riposte n’ont pas pu assurer correctement le suivi des personnes contacts après le décès de deux femmes atteintes d’Ebola, des habitants contestant l’origine de ces décès. Cette résistance communautaire complique considérablement le travail des médecins.
« Quand une communauté ne croit pas à l’existence de la maladie, toute la stratégie de riposte est mise en danger », explique un responsable sanitaire.
L’insécurité, un obstacle permanent
À la difficulté médicale s’ajoute celle de l’insécurité. Dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et de l’Ituri, des groupes armés continuent d’opérer, limitant les déplacements des équipes sanitaires.
« Certaines localités deviennent inaccessibles pendant plusieurs jours », explique Jean Baeni, coordinateur médical contre Ebola au sein du Centre médical adventiste de Butembo (Nord-Kivu). « Nous recevons des alertes mais nous ne pouvons pas toujours nous rendre immédiatement sur place », ajoute-t-il.
Les organisations humanitaires signalent régulièrement que l’insécurité complique la surveillance épidémiologique, la vaccination et la prise en charge des malades. Les déplacements massifs de populations augmentent également les risques de propagation du virus.
Dans le passé, plusieurs équipes de riposte ont même été attaquées lors de leurs missions. Des véhicules ont été incendiés, des agents blessés et certains travailleurs de santé ont reçu des menaces de mort.
« Nous avons parfois peur pour notre sécurité autant que pour notre santé », confie un infirmier basé à Butembo.
Des difficultés logistiques considérables
La riposte contre Ebola est aussi une bataille logistique. Les équipes doivent acheminer du matériel médical, des vaccins, des médicaments et des équipements de protection dans des régions souvent enclavées.
Routes dégradées, ponts endommagés, zones montagneuses et conditions météorologiques difficiles ralentissent fréquemment les opérations.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plusieurs tonnes de matériel doivent être transportées chaque jour grâce à un dispositif mobilisant véhicules, motos, ambulances et parfois hélicoptères afin d’approvisionner les zones affectées.
« Il arrive qu’il nous faille toute une journée pour atteindre un village situé à moins de cent kilomètres », explique un logisticien.

Une jeune femme, membre d’une organisation de jeunes, fait la démonstration d’un bon lavage des mains dans un milieu rural lors d’une campagne de prévention contre Ebola et de sensibilisation à l’hygiène communautaire. © SOS Médias Burundi
Le manque de moyens et la pression psychologique
Les médecins dénoncent également le manque de ressources. Dans certaines zones, les capacités de diagnostic restent limitées et les centres de traitement sont insuffisants face à l’ampleur de l’épidémie.
À cela s’ajoute une forte pression psychologique.
« Nous voyons des familles entières touchées », raconte une psychologue travaillant auprès des équipes de riposte. « Les médecins vivent quotidiennement avec la souffrance, les décès et parfois le rejet de la population. »
Pour certains soignants, les journées dépassent régulièrement douze heures de travail.
« Nous ne comptons plus nos heures. Lorsque l’épidémie progresse, nous sommes mobilisés jour et nuit », témoigne un médecin.
Comment les médecins parviennent-ils à tenir ?
Face à ces multiples défis, les professionnels de santé développent plusieurs stratégies. La solidarité entre collègues constitue la première.
« Nous formons une famille. Quand l’un de nous traverse une période difficile, les autres sont là pour le soutenir », explique une infirmière.
La formation continue est également essentielle. Les équipes améliorent constamment les procédures de prévention, la sécurité et la communication avec les communautés.
Le dialogue communautaire est devenu un outil majeur.
« Nous travaillons désormais davantage avec les leaders locaux, les chefs coutumiers, les responsables religieux et les associations de jeunes. Lorsqu’ils comprennent les enjeux, ils deviennent nos meilleurs alliés », explique Aristote Javan, expert en santé publique au Nord-Kivu.
Les survivants d’Ebola jouent aussi un rôle clé en partageant leur expérience. Enfin, la motivation personnelle reste déterminante.
« Chaque vie sauvée nous donne la force de continuer », affirme le docteur Jean-Pierre Maliyawatu, épidémiologiste au Nord-Kivu.

Des femmes et des filles rassemblées dans un centre pour participer à une séance de sensibilisation afin d’adopter les bonnes pratiques d’hygiène et de prévention contre les maladies infectieuses, notamment Ebola. © SOS Médias Burundi
Des héros souvent discrets
Dans l’ombre des laboratoires, des centres de traitement et des villages isolés, les médecins engagés dans la riposte contre Ebola poursuivent un combat qui dépasse largement le cadre médical. Ils affrontent simultanément une maladie mortelle, l’insécurité, la méfiance de certaines communautés et le manque de moyens.
Pourtant, malgré les risques et les sacrifices, ils continuent de répondre présents.
« Nous avons choisi ce métier pour sauver des vies. Tant que le virus sera là, nous resterons aux côtés des populations », conclut un médecin rencontré dans le Nord-Kivu.
Leur engagement constitue aujourd’hui l’un des piliers essentiels de la lutte contre Ebola en République démocratique du Congo, où la victoire contre l’épidémie dépend autant de la science médicale que de la détermination de ces hommes et femmes de première ligne.
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Photo : À Kanyaruchinya, dans le territoire de Nyiragongo, au Nord-Kivu, un point de contrôle sanitaire a été installé par les autorités pour la prise de température et le respect des mesures de lutte contre le virus Ebola. Des dispositifs similaires sont en place à Beni et à Goma, dans un contexte de surveillance renforcée face à la flambée de la maladie dans l’est de la République démocratique du Congo. © SOS Médias Burundi
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