Burundi : grogne sociale face à la vie chère, tensions entre travailleurs et pouvoir sur fond de contraintes économiques

Burundi : grogne sociale face à la vie chère, tensions entre travailleurs et pouvoir sur fond de contraintes économiques

SOS Médias Burundi

Gitega, 1er mai 2026 – La célébration de la Journée internationale du travail, tenue ce vendredi au stade Ingoma de Gitega, la capitale politique du Burundi, a été marquée par de fortes tensions entre les représentants des travailleurs et les autorités burundaises, dans un contexte de hausse du coût de la vie et de crise du pouvoir d’achat.

Prenant la parole au nom de la Confédération des syndicats des travailleurs du Burundi, Célestin Nsavyimana a dressé un tableau sombre des conditions de vie de la population. Il a dénoncé la dégradation continue du quotidien, affirmant que de nombreuses familles peinent à accéder à la nourriture, au logement et aux soins de santé.

Le syndicaliste a également pointé les difficultés croissantes à payer les frais scolaires et à assurer les besoins de base des enfants. Il a évoqué la pénurie persistante de carburant, qui perturbe fortement le transport des personnes et des marchandises, ainsi que le manque d’eau potable dans plusieurs centres urbains et l’état dégradé des infrastructures routières reliant les chefs-lieux provinciaux.

Concernant les fonctionnaires, il a dénoncé des salaires qu’il juge « inférieurs au seuil de pauvreté » et largement déconnectés de l’inflation.

Réponse du gouvernement : contraintes budgétaires et discipline au travail

En réaction, le chef de l’État Évariste Ndayishimiye a reconnu les difficultés économiques mais a estimé qu’une augmentation générale des salaires restait « quasiment impossible » dans le contexte actuel de déficit budgétaire. Il a appelé les citoyens à s’investir davantage dans les activités productives afin de générer des devises.

Dans un discours ferme, le président a également averti certains responsables d’entreprises publiques, contre les cas de malversations. Il a par ailleurs affirmé que « 95 % » des plaintes liées à la vie chère proviendraient de fonctionnaires basés à Bujumbura, la capitale économique où sont concentrées les agences des Nations Unies et l’administration centrale.

S’agissant du rendement au travail, le chef de l’État a critiqué certains comportements au sein de la fonction publique, estimant que l’usage abusif des téléphones et des réseaux sociaux pendant les heures de service nuit à la productivité.

Des résidents de Bujumbura, dont des fonctionnaires, attendent en vain un bus dans un parking de la capitale économique, espérant rejoindre le nord de la ville. La fête du travail a été célébrée dans un contexte marqué par la vie chère, les difficultés de transport et les revendications sociales des travailleurs, qui dénoncent la dégradation de leurs conditions de vie et de travail face aux contraintes économiques persistantes. © SOS Médias Burundi

Des travailleurs sous pression économique

Sur le terrain, de nombreux employés décrivent une situation devenue difficile à supporter. Un enseignant affirme percevoir environ 350 000 FBu par mois, un revenu jugé insuffisant pour couvrir le loyer, la scolarité des enfants et l’alimentation jusqu’à la fin du mois.

Les travailleurs réclament une revalorisation salariale et la restauration des avancements annuels afin d’améliorer leurs conditions de vie.

Syndicats et société civile dénoncent un système fragile

La Confédération syndicale du Burundi (COSYBU) se dit choquée par la précarité persistante des travailleurs. Elle plaide également pour l’élargissement des moyens de transport urbains, notamment les taxis-motos et tuk-tuks, afin de faciliter la mobilité et améliorer la productivité.

De son côté, l’organisation Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (PARCEM) dénonce un système marqué par le népotisme et le favoritisme dans l’accès à l’emploi. Son directeur, Faustin Ndikumana, estime que la qualité du travail reste affectée par la pénurie de carburant, les difficultés d’accès à internet, le manque de devises et la dégradation des infrastructures publiques.

Une fête du travail sous tension

Cette célébration du 1er mai a ainsi mis en lumière un décalage profond entre les revendications sociales et les contraintes économiques du gouvernement. Elle s’est également déroulée dans une atmosphère symbolique, marquée par la décoration de la Première dame Angeline Ndayishimiye, saluée pour son engagement dans la lutte contre la fistule obstétricale et la promotion de la santé maternelle.

Chaque 1er mai au Burundi est un jour férié et payé.

Dans un contexte de vie chère, la fête du travail 2026 apparaît comme un révélateur des tensions sociales persistantes entre attentes des travailleurs et réponses limitées de l’État.

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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye et la Première dame Angeline Ndayishimiye sont arrivés au stade Ingoma de Gitega pour prendre part aux cérémonies officielles marquant la Journée internationale du travail, célébrée dans la capitale politique du Burundi. Elle a été célébrée dans un contexte de revendications sociales liées à la vie chère et aux conditions de travail, sur fond de tensions entre les syndicats et les autorités autour des attentes salariales et des contraintes économiques du pays. © SOS Médias Burundi

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