Burundi : le CNDD-FDD veut réintroduire le service militaire obligatoire

Burundi : le CNDD-FDD veut réintroduire le service militaire obligatoire

C’est le secrétaire général du parti au pouvoir qui l’a annoncé. Les élèves qui terminent les études secondaires devront passer deux années dans ce service avant d’entrer à l’université. Le porte parole du gouvernement lui, parle d’une décision normale. Mais un expert en droit estime qu’il s’agit d’une violation de la constitution. (SOS Médias Burundi)

La décision a été prise lors d’un congrès du CNDD-FDD organisé fin août à Buye, colline natale de feu président Pierre Nkurunziza. C’est en commune de Mwumba dans la province de Ngozi (nord du Burundi).

Mais le secrétaire général du parti présidentiel a attendu le dernier jeudi de septembre pour l’annoncer dans une prière s’inscrivant dans le cadre des séances de prière organisées chaque dernier jeudi du mois. « Il y a plusieurs décisions qui ont été prises […]. Les élèves qui terminent l’école secondaire devront aller servir le gouvernement durant deux ans dans un service patriotique volontaire comme des militaires. Ils seront formés pour défendre le pays et l’aimer. Ils vont repartir après deux ans ainsi de suite. Notre pays doit être organisé, la nation doit être défendue », a-t-il indiqué sous les applaudissements des militants du CNDD-FDD et ses alliés dans une séance de prière à la permanence nationale du parti au pouvoir dans la ville commerciale Bujumbura.

Et de citer la Bible, « Allez vérifier même dans la Bible. Nulle part n’est défendu de défendre le pays. Même quand Jésus était assailli, un de ses disciples a pris une épée et a …..il a coupé une oreille …C’est Jésus qui a calmé la situation disant…cela était prévu d’avance, il n’y a pas de souci. On ne peut pas reculer. Ce sont des décisions importantes qui ont été prises par le comité central, ce sont des mesures qui ont été analysées pendant deux jours ».

Selon M. Ndikuriyo, le parti a tout étudié. « Nous, au niveau du parti nous avons déjà arrêté des stratégies de mise en œuvre, il reste seulement que les ministères concernés les peaufinent. Nous allons ordonner les désordonnés et si quelqu’un ne le veut pas, il doit déguerpir », a insisté celui qui aime utiliser le terme « Kora » qu’il a répété, un terme qui lui a valu des critiques de la part des détracteurs du CNDD-FDD qui rappellent qu’il a été utilisé par des génocidaires Hutus au Rwanda en 1994.

Maître Dieudonné Bashirahishize qui est en exil aujourd’hui estime qu’il s’agit d’une violation de la constitution. « Il est très surprenant que ce soit le secrétaire général du parti au pouvoir qui annonce cette décision. La constitution burundaise en vigueur, en son article 164,alinéa 1, troisième point stipule que toute mesure obligeant un citoyen à participer dans de telles activités de défendre le pays doit passer par une loi votée par l’assemblée nationale après être analysée par le gouvernement ou sur proposition de loi par l’assemblée nationale elle-même. Ils oublient même ce que dit la constitution. Ceci montre que la démocratie est menacée au Burundi », estime-t-il.

Selon Maître Bashirahishize, « les responsables du CNDD-FDD veulent créer une digression pour amener les jeunes à oublier le chômage chronique et la pauvreté extrême qui menacent leur avenir afin qu’ils ne réclament pas leur droit ». « Ils veulent créer une société où seul le chef pense à la place de tout le monde », regrette l’avocat.

Le porte parole du gouvernement burundais trouve pourtant qu’il est normal que le CNDD-FDD agisse de la sorte. « Ce genre de politique existe partout au monde. Un pays peut organiser des services civiques, rien ne peut empêcher qu’ils soient aussi organisés maintenant. Il n’y a rien de surprenant que ce soit le parti au pouvoir qui prenne les devants et puisse intégrer ça dans son programme », a-t-il répondu à un journaliste lors de l’émission publique des portes parole des institutions étatiques vendredi dernier, citant les autres époques en 1973 et entre 1996 et 2001 quand les autorités de la petite nation de l’Afrique de l’est ont instauré le service militaire obligatoire pour des élèves qui terminent les humanités générales et des étudiants de la première et deuxième candidature.

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Photo : Réverien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD FDD

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