Crise à l’est du Congo : les autorités congolaises soupçonnent tout le monde

Crise à l’est du Congo : les autorités congolaises soupçonnent tout le monde

Le président de l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo, Christophe Mboso N’kodia a, lors de la plénière de ce mardi 14 juin 2022, a indiqué qu’après discussion avec le vice-premier ministre des affaires étrangères, ils ont décidé de suspendre le processus de ratification des accords signés avec l’Ouganda.Cela fait suite au comportement affiché par le général Muhoozi Kainerugaba, le fils du président Ougandais Yoweri Kaguta Museveni vis-à-vis de la RDC, selon le président de la chambre basse congolaise qui parle de « trahison ». Les accords qu’il veut suspendre concernent les opérations conjointes entre les armées congolaise et ougandaise dans le cadre de lutter contre les groupes armés locaux et étrangers dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri (est de la RDC). (SOS Médias Burundi)

Pour le président de l’Assemblée nationale du Congo, « le commandant en chef de l’armée de terre ougandaise a trahi la RDC en signant un pacte avec le Rwanda qui mène des attaques sur le territoire congolais aux côté des rebelles du mouvement du 23 mars, le (M23) ».

« Nous nous sommes entretenus avec le ministre congolais des affaires étrangères. D’ailleurs, il est d’accord avec nous, avant même que ceci nous arrive, avant que ces troupes fassent ce qu’elles ont fait, nous avons dit à la suite du pacte que le fils de Museveni a signé avec le Rwanda, nous ne laissons pas passer cet accord », a déclaré Christophe Mboso N’kodia devant les députés nationaux.

Et d’enfoncer « Il nous a montré qu’il avait signé son pacte, il vient de nous trahir. Nous avons dit, nous n’acceptons pas cela ».

Cette position du bureau de l’Assemblée nationale vient après que l’armée ougandaise soit citée comme présumée collaboratrice aux côtés de l’armée rwandaise pour appuyer le mouvement rebelle du M23 lors de la prise de la cité frontalière de Bunagana au Nord-Kivu, à l’est de la RDC, le lundi 13 juin 2022.

De son côté, le commandant en chef de l’armée de terre ougandaise le général Muhoozi Kainerugaba souhaite « rencontrer le président de la RDC après que ses derniers sorties médiatiques soient dénoncées par plusieurs acteurs politiques congolais ».

« J’aimerai rencontrer mon meilleur président en RDC bientôt. Je suis son petit frère. Nous pouvons facilement résoudre ces problèmes. Nous ne devrions servir que les intérêts de Dieu Tout-Puissant et de nos peuples », a-t-il déclaré.

Le général Muhoozi soutient l’idée d’un dialogue entre la RDC et le M23.

Il propose aussi à Félix Tshisekedi d’accorder « l’amnistie aux membres du M23 pour faits de guerre et d’insurrection, vecteur de tensions », selon lui dans certaines publications sur son compte Twitter.

Même si les autorités congolaises se sont emportées contre le Rwanda et l’Ouganda ces derniers jours, elles ont libéré le week-end dernier deux militaires rwandais arrêtés dans les rangs du M23 selon l’armée congolaise et enlevés le long de la frontière avec le Congo lors d’une attaque conjointe des génocidaires FDLR en compagnie des FARDC selon l’armée rwandaise.

Et en début de semaine, au moins 150 militaires congolais ont fui vers l’Ouganda laisssant Bunagana sous le contrôle du M23. Ils y sont toujours logés.

Les accords que le président de l’Assemblée nationale veut suspendre venaient d’être prolongés de deux mois. Ils concernent les opérations conjointes entre les armées congolaise et ougandaise. Des opérations lancées en novembre 2021 pour combattre les groupes armés qui pullulent à l’est de la RDC, dont les ADF Forces Démocratiques Alliées),un mouvement rebelle d’origine ougandaise considéré par les Nations-Unies et les États-Unis comme un groupe terroriste.

Les autorités rwandaises n’ont cessé de nier leur soutien au M23. En début de semaine, Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais a regretté sur son compte Twitter que « l’ONU soutient la partie congolaise ».

« L’ONU reconnaît la présence et les actions des FDLR et la résurgence du discours de la haine et d’incitation publique », a-t-elle regretté.

Dans plusieurs villes du Congo, des discours anti-Rwanda et anti Tutsis ont été observés ces derniers jours, les propandistes utilisant souvent les réseaux sociaux. Des manifestations anti-Rwanda ont aussi été organisées. La tension est telle que même un lieutenant-colonel des FARDC a été cette semaine ,arrêté par des policiers et des hommes armés en civil, selon une vidéo qui est parvenue à notre rédaction et vérifiée par nos reporters en RDC. La seule faute du lieutenant-colonel Bageni Nsabimana qui a échappé à un lynchage populaire avant d’être interpellé : avoir des traits de Tutsis.

Le M23 est composé pour la plupart de Tutsis congolais. Récemment, le président Tshisekedi a révoqué quatre officiers supérieurs de l’armée congolaise. Ils sont soupçonnés de « collaborer avec le Rwanda et le M23 ». Parmi eux, des Tutsis congolais originaires du Nord-Kivu et un membre de la communauté Banyamulenge. Selon nos informations, plusieurs militaires ont été tués dans différentes villes du Congo ces dernières semaines suite à leur appartenance à l’ethnie Tutsi.

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Photo : un rebelle du M23 monte la garde après la prise de Bunagana

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