Kayanza : un nouvel appel à « tuer » lancé par Révérien Ndikuriyo
Le secrétaire général du parti CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, exhorte les militants de ce parti à éliminer ceux qu’il appelle des « loups » pour laisser les ‘’moutons’’. Des habitants de la commune Kabarore, province Kayanza (nord du Burundi) où il a prononcé ce discours, se disent scandalisés par de tels propos. (SOS Médias Burundi)
Des Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du parti CNDD-FDD) de la commune Kabarore en province Kayanza ont poussé des coups de sifflets de mobilisation jeudi dernier vers 2 heures du matin.
Ils se rassemblaient pour se préparer à une réunion 5 heures du matin animée par le secrétaire général du parti CNDD-FDD ce jeudi.
Des habitants de la zone de Rugazi en commune Kabarore indiquent avoir des inquiétudes et une confusion suite au discours de M.Ndikuriyo.
Même certains membres du parti au pouvoir sont en désaccord avec l’ordre donné par Révérien Ndikuriyo.
« Nous avons été surpris par son discours appelant à la violence. Il nous a exhortés à éliminer des loups pour laisser les moutons. Autrement dit il nous a ordonnés de tuer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec notre idéologie du CNDD-FDD », s’est indigné un militant de ce parti.
« Notre secrétaire général a qualifié de loups ceux qui ont refusé d’adhérer au système du parti présidentiel. Les moutons sont les militants de ce parti qui acceptent les ordres de la hiérarchie », insiste un autre militant.
Pour Révérien Ndikuriyo, patron du parti présidentiel, tout Burundais devrait être membre du parti CNDD-FDD.
« Le choix n’est pas permis ».
Ceux qui n’adhèrent pas montrent clairement qu’ils s’écartent « du droit chemin ».
Selon nos sources à Kabarore, Révérien Ndikuriyo a été jusqu’à proposer que les enseignants fassent des réunions en rapport avec l’idéologie de l’ancienne rébellion Hutu afin d’enseigner aux élèves « la victoire du parti au pouvoir ».
Un discours qui se répète
Depuis le coup d’Etat raté du printemps 2015 contre le pouvoir de feu président Pierre Nkurunziza, le très sulfureux secrétaire général du CNDD-FDD a, à des moments différents appelé les membres de son parti à « tuer les opposants ou militants non zélés du parti au pouvoir ».
Celui qui a dit à la jeunesse du parti présidentiel « qu’il ne sert à rien de faire de longues études au Burundi », a, dans un seul cas reconnu avoir mis à prix la tête d’un ancien militaire EX-FAB (Armée burundaise avant l’intégration de mouvements rebelles Hutus).
En septembre 2019, alors président du sénat, Révérien Ndikuriyo avait mis à prix la tête de Kaburimbo. Dans un enregistrement audio, il avait avoué avoir promis une récompense de cinq millions de francs burundais (environ 2500 dollars à l’époque).
« Il faut comprendre qu’une seule personne ne peut se permettre de perturber la sécurité de toute une population. Elle doit être éliminée. Ensuite, il nous reste à demander à Dieu s’il s’agit d’un péché quand on protège ses brebis. Pour des questions de sécurité nationale, il faut être prêt à tout », s’était vanté M.Ndikuriyo.
Le concerné, Pascal Ninganza connu sous le sobriquet de Kaburimbo, a été tué à son domicile situé en commune de Matana, province de Bururi (sud du Burundi), en avril 2020. Deux autres personnes ont été abattues en même temps que lui. C’est la police qui a ordonné et supervisé leur inhumation après les avoir tués.
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En 2016, Révérien Ndikuriyo avait promis une enveloppe de 5 millions de francs burundais à quiconque le lui amènerait, mort ou vivant.
Les forces de l’ordre soupçonnaient cet ancien militaire de loger des rebelles et de dispenser un entraînement militaire à des « insurgés » dans la localité. Matana figure parmi les rares zones rurales où l’on a manifesté contre le dernier mandat controversé du président Nkurunziza en 2015.
Dans un autre enregistrement audio, le secrétaire général du CNDD-FDD a été entendu en train d’appeler au meurtre des habitants des quartiers de la ville commerciale Bujumbura qui avaient contesté contre le même mandat,à majorité occupés par la minorité Tutsi. Il avait utilisé un terme qui a été emprunté par les génocidaires Hutus au Rwanda avant le génocide commis contre les Tutsis dans ce pays en 1994. L’intéressé a, pour ce cas précis expliqué qu’il y avait eu « mauvaise interprétation de mes propos ».
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Photo d’illustration : À droite, Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD décore un des plus jeunes garçons qui ont bien défilé lors de la 7ème édition de la Journée des Imbonerakure dans la province de Makamba, Burundi, le 26 août 2023
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