OPINION – Pierre Nkurikiye : « Voulez-vous que j’utilise la force » ? par Athanase Karayenga


Le titre de cette chronique reprend une menace proférée par le Colonel Pierre Nkurikiye, porte-parole de la Police Nationale et, en même temps, membre du Conseil National de la Communication. Etrange mélange de fonctions et de responsabilités ! Qui en dit long d’ailleurs sur le rôle que le pouvoir burundais assigne aux médias. Soumission à la force brute de la dictature !  Et circulez. Il n’y a rien à voir ! (Les articles d’opinions ou d’analyses n’engagent pas la rédaction de SOS Médias Burundi)

Cette menace a été lancée contre les médias indépendants le jour de l’exhumation de feu Jean-Marie Rugerinyange, ancien Directeur Général au Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports.  Elle constituait un signe prémonitoire qui permet, avec le recul du temps, de comprendre l’incarcération arbitraire de l’équipe des quatre journalistes d’Iwacu.

Les quatres reporters de IWACU incarcérés à Bubanza

Car le pouvoir ne souhaitait absolument pas qu’ils découvrent des vérités gênantes au cours de leur investigation. Cependant, « ces vérités cachées »ont été révélées récemment par des sources concordantes au sein du Ministère de la Défense Nationale et de l’Etat-major de la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB).  A présent, le pouvoir burundais devrait donc libérer les journalistes d’Iwacu sans délai. Car ces vérités qu’il voulait cacher à l’opinion publique ne constituent plus des « secrets d’Etat. » Le pot aux roses a été découvert. Et les roses, dans cette chronique comme dans la nature, ont des épines ! On y reviendra plus tard.

Rappel du contexte général

Le Colonel Pierre Nkurikiye est connu, dans son milieu professionnel, sous le pseudonyme  de Cinjire. Ce pseudonyme est une reprise du titre d’une chanson où Pierre Nkurikiye fait la promotion de la Police Nationale. En traduction libre, ce titre veut dire « entrez avec entrain dans la Police Nationale. » 

Le jour de l’exhumation de Jean-Marie Rugerinyange, Pierre Nkurikiye, véritable maître de cérémonie, était effectivement à la manœuvre avec entrain et un volontarisme autoritaire. Les secouristes de la Croix Rouge étaient affairés à sortir le corps d’une tombe sommaire creusée devant l’ancien domicile de la victime. Le défunt était enveloppé dans une toile bleue en plastique. Et ce meurtre a été mis sur le dos d’un pauvre jeune homme qui servait comme personnel de maison de l’ancien Directeur Général. Lequel jeune homme était recroquevillé devant la maison de son ancien employeur et assistait, anéanti, à ce rituel macabre coordonné par Pierre Nkurikiye avec maestria.

La dépouille de Mr. Rugerinyange lors de son exhumation

Pour rappel, le même cynisme du pouvoir burundais a été utilisé à Kamenge en septembre 2014. La police a accusé un jeune homme, un dérangé mental, d’avoir assassiné trois religieuses italiennes. Un horrible et invraisemblable montage ! Un entrefilet publié le 09 septembre 2014 par Jeune Afrique en rappelle les circonstances macabres.

« Trois religieuses italiennes ont été violées et sauvagement assassinées dimanche et lundi dans un couvent de Kamenge, une commune burundaise située à la périphérie de Bujumbura. Au Burundi comme en Italie, le crime a suscité l’horreur.

Dimanche 7 septembre, dans l’après-midi, « l’assassin a égorgé deux religieuses, sœur Lucie Pulici, 75 ans, et sœur Olga Raschietti, 83 ans, avant de s’acharner sur l’une d’elles à coups de pierre sur le visage », a déclaré le général Godefroid Bizimana, le directeur-général adjoint de la police burundaise. Le corps d’une troisième religieuse décapitée, Bernadette Boggian, 79 ans,  a été découvert vers 02H00-03H00 du matin », le lendemain, dans le même couvent, a-t-il ajouté. »

Lors de l’exhumation de Jean-Marie Vianney Rugerinyange, Pierre Nkurikiye ne souhaitait, évidemment pas, que les médias indépendants, accourus sur les lieux du crime,  couvrent cet événement tragique. Seules la Radio-Télévision Nationale du Burundi et la Radio-Télévision Rema du CNDD-FDD étaient invitées et autorisées à effectuer le reportage sur ce drame.

De ce fait, les journalistes servant d’autres médias ont été chassés « manu militari » par Pierre Nkurikiye. Et comme ceux-ci traînaient un peu les pieds et n’exécutaient pas rapidement l’injonction du Colonel, celui-ci, presque en colère, leur a donné l’ordre impératif et explicite de dégager les lieux sans délai. « Voulez-vous que j’utilise la force ? » s’est-il exclamé.

Si les journalistes servant des médias indépendants avaient été autorisés à couvrir cette exhumation jusqu’au bout, ils auraient pu interroger « le présumé coupable. » Ils auraient pu croiser des informations provenant de plusieurs sources concernant ce meurtre. Ils auraient pu découvrir, peut-être, les mobiles de ce crime , ses présumés commanditaires et comprendre le montage odieux qui a abouti à l’assassinat de Jean-Marie Rugerinyange.

Et c’est ici qu’on retrouve la similitude entre la réaction de Pierre Nkurikiye lors de cette exhumation et les raisons qui ont convaincu le pouvoir burundais qu’il était préférable d’arrêter et d’incarcérer les journalistes d’Iwacu. En effet, le pouvoir burundais devait impérativement empêcher les journalistes d’Iwacu de découvrir, éventuellement, la vérité sur l’attaque supposée des rebelles burundais dans la région de Mabayi et plus précisément au lieudit Marura situé au cœur de la forêt de la Kibira.

Un lieudit qui , selon des sources militaires, est très difficile d’accès car situé à environ 10 heures de marche de Mabayi. D’où l’impossibilité pour l’armée burundaise de porter secours rapidement au détachement de Marura au moment de l’assaut supposé des rebelles.

Concernant l’incarcération des journalistes d’Iwacu, précisément, le ministère public a formulé, dans un premier temps, une accusation improvisée et absurde de « complicité d’atteinte à la sécurité de l’Etat ».  Celle-ci a été transformée ultérieurement, au moment du procès en appel, en infraction carrément surréaliste de « tentative impossible d’atteinte à la sécurité de l’Etat ».

Ainsi, cette infraction, puisée opportunément dans le code pénal burundais, sert-elle de prétexte au régime burundais pour priver ces jeunes journalistes d’Iwacu de la liberté de travail et surtout pour les priver de l’affection de leurs familles et de leurs proches.

Et tout cela pour rien maintenant. Puisque les vérités gênantes que ces journalistes auraient pu découvrir ont été divulguées par des sources on ne peut plus fiables au sein même du Ministère de la Défense Nationale et de l’Etat-major de l’armée. Elles vont être exposées dans la suite de cette chronique. Patience !

Impossible investigation des faits par les médias

Le pouvoir burundais actuel utilise la même stratégie pour dissimuler la vérité des faits que tous les gouvernement antérieurs. Ce n’est pas une nouveauté. Depuis l’indépendance du pays, les gouvernements successifs profitent de l’inexistence d’une véritable presse d’investigation pour priver le peuple burundais de la vérité sur les crimes de sang ou sur les crimes économiques. Les médias burundais n’ont jamais pu ou su effectuer une investigation rigoureuse sur les guerres civiles successives. Depuis la première qui a éclaté le 19 octobre 1965.

Depuis plusieurs années, par ailleurs, d’innombrables crimes ont été commis sans que les médias, publics ou privés, ne soient autorisés à faire des investigations susceptibles d’éclairer l’opinion publique burundaise. A titre d’exemple, le pouvoir actuel n’a jamais autorisé les médias à rechercher la chaîne de commandement et les exécutants du massacre des jeunes séminaristes de Buta, le 30 avril 1997. Un crime fièrement revendiqué, pourtant, par le CNDD-FDD encore en rébellion.

Le pouvoir actuel n’a jamais accepté, non plus, une investigation libre et approfondie ni sur l’assassinat de 31 militants du FNL à Muyinga noyés dans la rivière Ruvubu ni sur les massacres de Gatumba et de Murwi. Le pouvoir n’autorisera pas non plus, aujourd’hui, une investigation sur le massacre récent de 20 miliciens imbonerakure et de deux policiers en communes de Mubimbi et Nyabiraba, en province de Bujumbura.  

Des victimes de Nyabiraba ligotées

Un tweet du 04 mars 2020, signé Pacifique Nininahazwe, un militant des droits humains très respecté et dont l’organisation, le FOCODE, effectue des investigations rigoureuses et régulières sur les crimes commis par la milice Imbonerakure, le Service National de Renseignement (SNR), des policiers et des militaires, confirme que Pierre Nkurikiye a de nouveau utilisé sa méthode préférée pour communiquer avec l’opinion publique burundaise.

Pacifique Nininahazwe écrit : « Pierre Nkurikiye a annoncé que Jean-Claude Minani et ses compagnons d’infortune sont morts dans les combats à Nyabiraba dans la province de Bujumbura Rural. Faux et archifaux : ils ont été exécutés publiquement et sauvagement longtemps après leur arrestation. »

Au CNC pour verrouiller les médias

Au sein du CNC, le Colonel Pierre Nkurikiye a certainement pour mission de verrouiller hermétiquement les médias burundais. Concernant précisément les journalistes d’Iwacu interpellés et incarcérés sur le chemin alors qu’ils se rendaient en mission de reportage sur les lieux à la suite de l’attaque supposée des rebelles à Marura le 22 octobre 2019, il est très probable que sa voix ait été prépondérante au sein du CNC. Pour décider de leur arrestation brutale et de leur incarcération dans des conditions indignes.

A cet effet, il convient de rappeler que le Président du CNC, M. Nestor Bankumukunzi, a déclaré, à la suite de l’arrestation des journalistes d’Iwacu, comme l’indique un tweet de SOS Médias Burundi du 06 novembre 2019, qu’il ne connaissait pas les raisons pour lesquelles ils avaient été appréhendés. Sans doute ne souhait-il pas prendre le risque de contredire la version officielle des faits échafaudée à la hâte par le régime dictatorial burundais dont Pierre Nkurikiye est un des gardiens les plus zélés. Des sources fiables, au sein du CNC estiment, du reste, que c’est Pierre Nkurikiye qui serait, en réalité, le véritable patron du CNC. M. Nestor Bankumukunzi ne serait que le gardien virtuel du temple. Tout à fait possible ! 

Car, Pierre Nkurikiye n’est pas que porte-parole de la Police Nationale puisqu’il cumule cette fonction avec celle qu’il exerce au sein du CNC.   Il incarne à merveille le régime qu’il est chargé de protéger de la curiosité des médias burundais ou étrangers. En effet, ceux-ci ne se contenteraient pas de la seule vérité officielle distillée par le pouvoir. Laquelle « vérité travestie » est, en revanche, reprise en boucle par les médias du pouvoir qui n’en vérifient jamais la véracité.  « Voix de son maître » oblige !

Pierre Nkurikiye est, dans le système du verrouillage des médias mis en œuvre par le CNC,  un pion essentiel du régime. Il participe à la dissimulation de la vérité de faits répréhensibles commis par les responsables au sein de l’appareil du pouvoir. Par conséquent, il a pour mission d’empêcher les médias indépendants de chercher  la  vérité sur ces faits, de découvrir la chaîne de commandement dans ces crimes et de révéler éventuellement l’identité des présumés auteurs et commanditaires de ces crimes.

Selon ses proches collègues au sein de la Police Nationale, Pierre Nkurikiye fait de l’excès de zèle afin de plaire à ses chefs. Car, n’avoir pas combattu au sein de la rébellion du CNDD-FDD constitue un handicap majeur pour obtenir une promotion au sein de la police et de l’armée notamment. Il était trop jeune pour être combattant à cette époque. Il a suivi une formation d’Officier à l’Ecole Nationale de la Police. Après laquelle, il a reçu une promotion rapide puisqu’il a déjà atteint le rang de Colonel malgré son jeune âge.

Cinjire chevauche donc trois chevaux en même temps. Il est la vitrine officielle de la Police Nationale. Et de ce fait, il connaît les secrets les plus lourds contenus dans les dossiers concernant les crimes les plus connus de l’opinion publique burundaise. D’ailleurs, n’annonce-t-il pas régulièrement que « les investigations ou les enquêtes concernant ces affaires criminelles ont commencé. » Une formule magique qu’il croit efficace pour faire taire les médias auxquels il la jette comme un os à ronger à un chien. Puisque la justice est indépendante, prétend-il, elle jugera les présumés coupables de ces crimes. A la Saint Glinglin bien sûr ! Et la boucle est bouclée.

Les médias et surtout l’opinion publique burundaise comprennent rapidement son message. Celui-ci annonce, en réalité, l’enterrement de première classe des dossiers judiciaires les plus embarrassants pour le pouvoir. Circulez. il n’y a rien à voir ! « Voulez-vous que j’utilise la force ? »

Pierre Nkurikiye connaît beaucoup de secrets judiciaires explosives car il est dans la confidence de l’appareil judiciaire. De toute évidence, c’est un partenaire incontournable de  l’appareil judiciaire burundais et notamment de la Police judiciaire chargée de mener des enquêtes criminelles sous l’autorité des Procureurs de la République.

Enfin, sur le plan politique, Pierre Nkurikiye, en tant que membre du Conseil National de la Communication,  est évidemment aussi, l’œil vigilant de la  Présidence de la République. On l’a entendu déclarer, avec une outrecuidance incroyable, que ceux qui voteraient contre la constitution en mai 2018 seraient considérés par la Police Nationale comme des fauteurs de troubles. Stupéfiante déclaration en effet. En quoi, un porte-parole de la Police Nationale est-il concerné par le vote des citoyens burundais, pour ou contre une constitution ?  

Dans le domaine de l’organisation des élections, précisément, il convient de rappeler que le CNC, dont Pierre Nkurikiye est un membre éminent comme indiqué plus haut,  a contraint les médias burundais à signer « un code de conduite » spécifique qui leur interdit de publier les résultats d’enquêtes politiques réalisées par des institut de sondage, d’une part, et, d’autre part et plus grave, de ne pas publier les résultats observés après le décompte des voix dans les bureaux de vote. Il faudra que les médias signataires de « ce code de conduite et d’asservissement » publient uniquement les résultats officiels donnés et validés par la Commission Electorale Indépendante (CNI).  

Or, secret de polichinelle, au Burundi, et ce depuis 15 ans, les élections sont marquées par des fraudes massives organisées, notamment, au moment du comptage des voix dans les bureaux de vote à travers le pays. Si le nombre des voix obtenues par un candidat ou par une formation politique n’est pas conforme au plan de fraude préétabli par le pouvoir, la CENI effectue les rectifications conformes aux injonctions du pouvoir.

Par conséquent, les médias burundais n’auront pas le droit de signaler ce mécanisme bien huilé de fraude électorale en faveur du CNDD-FDD. Dans le domaine électoral aussi, les mêmes injonctions du pouvoir burundais prévalent. Circulez. Il n’y a rien à voir ! « Voulez-vous que j’utilise la force » ?

En définitive, Pierre Nkurikiye, policier de haut rang, est placé au carrefour des pouvoirs politiques, judiciaires, policiers et médiatiques. Il a notamment la charge de museler et de persécuter les médias indépendants afin de protéger des vérités explosives et de soustraire celles-ci de leur champ d’investigation. En somme, c’est un homme-lige d’une dictature sanglante ayant les aspects d’un homme lisse !

Pierre Nkurikiye, comme tous les porte-paroles successifs du gouvernement, des forces armées et de la police a adopté, d’ailleurs, la même stratégie de communication gouvernementale. Nier les faits, affirmer que tout va bien. Mme la Marquise ! Que la paix est totale sur tout le territoire. Que le peuple burundais se prépare tranquillement pour aller à des élections apaisées en 2020. Etc.…et…bla…bla…bla !

Et pourtant…

Ce déni de vérité avéré, assumé et têtu, pratiqué par les porte-paroles des forces de l’ordre, en particulier, n’empêche pas une certaine inquiétude de percer la carapace. Plusieurs sources indiquent, en effet, qu’une certaine exaspération serait perceptible au sein des forces de l’ordre. Police et armée confondues. La même exaspération et lassitude auraient, semble-t-il, gagné beaucoup de cadres du CNDD-FDD aussi.

Beaucoup d’officiers de la génération de l’actuel porte-parole de la Police Nationale auraient préféré, semble-t-il,« un candidat civil à la présidence de la République. Pourvu que celui-ci ait la confiance de la population. Les jeunes officiers l’auraient  soutenu bien volontiers. »

« Car,  ajoutent ces sources, ces jeunes officiers craignent de ne pouvoir progresser dans leur carrière tant que les généraux actuels domineront les institutions. En effet, ces généraux utiliseraient les jeunes officiers pour commettre des fautes. » Pour ne pas dire des crimes ! « Et ces fautes, que cette jeune génération d’officiers commet par contrainte, ne permettront jamais à ces derniers de progresser dans la carrière, indiquent ces sources. »

Les vérités cachées à Marura

Si les journalistes d’Iwacu avaient pu effectuer leur reportage jusqu’au bout, ils auraient probablement découvert certains des secrets d’Etat révélés par des membres de la délégation burundaise qui participe au Mécanisme Commun de Vérification (MCV) ou Joint Verification Mechanism en anglais. Une initiativede la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs (CIRGL).

A la suite de l’assaut présumé des rebelles à Marura, le 22 octobre 2019, cette organisation régionale regroupant dix pays, la République Démocratique du Congo (RDC) et neuf pays qui partagent une frontière avec cet immense pays, a organisé une mission de médiation qui vise à aider le Burundi et le Rwanda à préserver la paix entre eux en évitant l’escalade de la guerre. 

« La confrontation entre les délégations du Rwanda et celle du Burundi était un véritable régal » aurait indiqué un des membres de la délégation burundaise au sein du MCV qui discutait avec un groupe de militaires.  Un officier qui participait à cet échange lui a posé une série de questions.

« Est-ce que le litige entre le Burundi et le Rwanda a été vraiment abordé à fond ? Est-ce que les membres du MCV se sont rendus à Mabayi et à Marura ? »

Réponse du membre de la délégation burundaise, lui-même militaire. « Les délégations de la CIRGL, du Rwanda et du Burundi n’ont pas eu besoin d’escalader les montagnes. Ce n’était pas nécessaire de grimper des montagnes aussi abruptes. Parce que les deux pays belligérants n’ont pas nié la vérité de leur confrontation. »

« La conclusion générale, a-t-il ajouté, c’est que le MCV aurait conseillé formellement le Burundi de ne plus organiser des provocations contre le Rwanda et de ne plus garder les Interahamwe sur son sol. »

Cependant, ce qui aurait fait beaucoup rire les délégations au cours de la confrontation entre les deux pays, selon ce membre de la délégation burundaise, c’est une accusation formulée par la partie burundaise. Celle-ci utilisait toujours la même complainte pour accuser le Rwanda ». « Vous nous avez attaqués. Vous avez tué nos soldats. Vous avez capturé nos militaires. »  A quoi la délégation rwandaise aurait répliqué : « Nous vous avons attaqué une fois et vous nous avez attaqué trois fois. »

La réplique de la délégation du Burundi est mémorable. Elle vaut son pesant de tonnes de cacahouètes. « Oui mais, puisque nous vous avons attaqué trois fois, combien de vos soldats avons-nous capturés ? » Eclat de rire général dans la salle. Les délégués de la CIRGL et du Rwanda en rient encore aujourd’hui, semble-t-il.

« Est-ce que les deux pays ont décidé de se payer des frais de réparation ? » a demandé un autre militaire au membre de la délégation burundaise au sein du MCV. « Est-ce qu’ils se sont réconciliés ? Est-ce que la CIRGL a écrit un rapport ? A-t-elle publié un communiqué de presse ou un autre document ? »

« A ma connaissance non » a indiqué le membre de la délégation burundaise. « De toute façon, a-t-il ajouté, l’humeur dans les deux pays semble être entrain de changer. Et ce climat influe, évidemment sur la manière dont les négociations sont organisées. Toute la médiation se fait désormais dans la plus grande discrétion. Même les escarmouches entre les deux pays resteront couvertes par le plus grand secret. La CIRGL, pour sa part, poursuivra aussi le processus de vérification des faits avec la plus grande discrétion. 

Nous connaîtrons prochainement les conclusions de la médiation de la CIRGL et les militaires burundais capturés à Marura seront restitués. S’ils n’ont pas été tués. »

Le membre de la délégation burundaise de poursuivre : «« Le Burundi espère, néanmoins, que le Rwanda les gardé en vie. Il aurait intérêt. Car, ce sont des témoins gênants. Il semble que le Rwanda, pour alléger le travail de la délégation de la CIRGL, aurait d’ailleurs organisé une rencontre entre elle et ces militaires burundais capturés. »

« C’est de bonne guerre et ce serait très malin. Le Rwanda, dans ce conflit avec les Burundi, prouverait qu’il respecte le droit de la guerre en traitant correctement les soldats ennemis capturés. En plus, il mettrait une forte pression sur le régime burundais en les maintenant en vie. Car, ce dernier pourrait craindre que ces prisonniers parlent. S’ils n’ont pas déjà parlé ! »

«  Il se pourrait, en définitive, que le Burundi tende la main au Rwanda. Personne ne sait encore comment et quelle en sera la contrepartie. Cela voudrait-il dire que Pierre Nkurunziza aurait accepté d’avoir perdu la guerre ? Il semble obligé parce qu’il subirait la pression de ses propres généraux. »

« C’est d’ailleurs un des messages subliminaux développé actuellement dans le cadre de la campagne du Général Evariste Ndayishimiye, relève un autre membre de la délégation burundaise dans la MCV. Le candidat du CNDD-FDD aux prochaines élections présidentielles clame, urbi et orbi, qu’il souhaite que le Burundi se réconcilie avec les pays voisins et qu’il ouvre les portes. Est-ce une  façon subtile d’avouer que le Burundi a perdu la partie dans la confrontation guerrière avec le Rwanda ? »

Le Ministre de la Défense Nationale du Burundi semble avoir admis la défaite lui aussi. Tout le monde a en mémoire les propos guerriers proférés au lendemain de la guerre de Marura. Il déclarait que le Burundi allait en découdre avec le Rwanda. Les messages échangés sur les réseaux sociaux indiquaient que les batteries de l’artillerie lourde de Mwaro avaient fait mouvement vers Mabayi. Cependant, peu de temps après, le même Ministre déclarait que le Burundi utiliserait finalement les moyens de la diplomatie pour résoudre le conflit avec le Rwanda.

Par ailleurs, dans le cadre de cette médiation de la CIRGL et grâce à l’Ambassadeur du Cameroun auprès de l’Union Africaine, le Burundi aurait reçu un message très fort de la part des Ambassadeurs africains. Ceux-ci estiment que le Burundi doit impérativement rétablir les conditions de paix avec le Rwanda s’il veut être écouté et entendu par le continent africain. Le message des Ambassadeurs africains a confirmé un membre de la délégation burundaise au sein de la MCV est aussi explicite. « Vous pouvez avoir tous les contentieux que vous voulez avec le Rwanda, indiquent les Ambassadeurs africains. Cependant, si vous privilégiez la confrontation militaire avec votre voisin, personne en Afrique ne vous écoutera. »

Un autre membre de la délégation burundaise dans le MCV aurait fait remarquer que le Rwanda a une bonne longueur d’avance dans sa diplomatie africaine. Puisque Paul Kagame a été Président de l’Union Africaine pendant un an et qu’il a joué un rôle très apprécié par ses pairs, chefs d’Etats africains. Contrairement à Pierre Nkurunziza qui n’a pas quitté son pays depuis cinq ans et qui, de ce fait, n’a pas rencontré ses pairs et n’a pas profité des rencontres diplomatiques au sommet pour expliquer la position du Burundi.

Le CIRGL n’a pas encore rédigé et soumis les conclusions de l’enquête. Ce qui implique que les  membres du MCV seraient encore au stade des investigations. Dans une note datée du mercredi 26 Février 2020 et élaborée dans le cadre du Dialogue Informel et Interactif sur le Burundi, (Remarks for Burundi Informal Interactive Dialogue) l’Ambassadeur des Etats Unis auprès des Nations Unies, M. Norman Chalet, a lui aussi fait allusion au travail du MCV et a déclaré, au point 4 : « Nous avons encouragé le Gouvernement du Burundi à partager le rapport du Mécanisme Commun de Vérification de la CIRGL avec la communauté internationale. »


Enfin, dernier élément qui montre à quel point le travail du MCV s’inscrit dans un contexte très complexe et très sensible. Un autre membre de la délégation burundaise au sein de cette initiative de la CIRGL aurait indiqué « qu’au cours du mois de février, un militaire burundais aurait été capturé. Il figurait parmi les rares rescapés de la position de Marura. Il a été dit que le régime burundais voudrait, comme à son habitude, faire disparaître les preuves de son rôle dans l’assaut présumé des rebelles à Marura. » « Je pense que le régime burundais a probablement eu peur qu’il ne dise la vérité, a-t-il relevé »

Et comme dirait Pierre Nkurikiye aux médias indépendants en écho à cette déclaration terrifiante : Circulez ! Il n’y a rien à voir. « Voulez-vous que j’utilise la force ? »
Faites Monseigneur. Pourquoi vous gêner ?


Athanase Karayenga
Fondation Bene Burundi